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Agadez – Mémorial des martyrs du 04 mars 1917 : un symbole de foi, de résistance et de mémoire collective

À Agadez, ville historique du Niger et carrefour séculaire de spiritualité et de savoir, le mémorial des martyrs du 04 mars 1917 demeure l’un des lieux les plus emblématiques de la mémoire collective. Situé dans la vieille ville, à proximité immédiate de la mosquée Abawagè — communément appelée grande mosquée Abayazid — ce site rappelle un épisode tragique de l’histoire coloniale, marqué par le massacre de centaines de marabouts, d’oulémas et de notables religieux.
Abawagè, une mosquée fondatrice et un haut lieu spirituel
La mosquée Abawagè figure parmi les plus anciennes mosquées d’Agadez. Selon les historiens et érudits locaux, elle aurait été construite au XVIᵉ siècle, voire avant, et serait antérieure à la grande mosquée d’Emiskinin. À l’origine connue sous le nom de Masjidoul Awliya (la mosquée des saints), elle servait de centre spirituel, éducatif et social, accueillant des générations de marabouts, d’oulémas et de talibés.
Le nom Abawagè provient de Cheikh Abayazid, grand marabout de passage à Agadez, qui séjourna dans la famille Alfidja et marqua durablement la vie religieuse de la cité. La mosquée demeure jusqu’à aujourd’hui un lieu de prière actif et un passage rituel important dans les traditions liées au Sultan de l’Aïr.
Le contexte historique : siège d’Agadez et répression coloniale
Entre décembre 1916 et mars 1917, Agadez traverse l’une des périodes les plus troubles de son histoire. La révolte menée par Kaocen et ses hommes contre l’occupation coloniale française entraîne le siège de la ville. En réponse, une colonne militaire française venue de Zinder pénètre dans la cité pour réprimer toute forme de résistance.
C’est dans ce contexte tendu que survient le drame du mercredi 04 mars 1917. Ce jour-là, des centaines de marabouts et d’oulémas sont réunis à la mosquée Abawagè pour une rencontre axée sur la paix, la cohésion sociale et la préservation de la ville. Malgré le caractère pacifique de cette réunion, l’armée coloniale considère ce rassemblement comme une menace.
Le massacre du 04 mars 1917
Selon plusieurs témoignages et travaux historiques, plus de 360 marabouts et oulémas sont massacrés à l’intérieur et aux abords de la mosquée Abawagè. Les soldats poursuivent ensuite leur violence dans la ville, faisant de nombreuses victimes civiles, pillant des biens précieux, détruisant des manuscrits religieux et des documents historiques d’une valeur inestimable pour la région de l’Aïr.
Quelques rares survivants, grièvement blessés, garderont à jamais les traces physiques de cette tragédie. La peur pousse une grande partie de la population, notamment les jeunes, à fuir la ville ou à se cacher dans des lieux restés inconnus jusqu’à aujourd’hui.
Le rôle déterminant des femmes
Dans le chaos laissé par les violences, ce sont les femmes et les enfants d’Agadez qui prennent en charge les conséquences humaines du drame. Sous un leadership féminin courageux, elles enterrent les corps des martyrs, soignent les blessés et veillent à la survie de la communauté. Leur action, longtemps restée dans l’ombre de l’histoire officielle, constitue pourtant un pilier fondamental de la résilience d’Agadez.
Un mémorial pour transmettre et préserver la mémoire
Érigé à proximité de la mosquée Abawagè, le mémorial des martyrs du 04 mars 1917 est aujourd’hui un lieu de recueillement, de transmission et de réflexion. Il symbolise le sacrifice des élites religieuses et intellectuelles d’Agadez, tombées non pas sur un champ de bataille, mais dans un espace sacré dédié à la paix et au dialogue.
Plus d’un siècle après les faits, ce massacre demeure une blessure profonde dans la mémoire collective. Les populations locales rappellent que cet épisode tragique n’a jamais fait l’objet d’une reconnaissance officielle ni d’excuses de la part de l’ancienne puissance coloniale, renforçant ainsi l’importance du devoir de mémoire.
Un héritage pour les générations futures
Le mémorial du 04 mars 1917 n’est pas seulement un rappel du passé. Il est un appel à la paix, à la justice et au respect de la dignité humaine. À Agadez, ville de culture, de foi et de résistance, ce lieu incarne la mémoire vivante d’un peuple qui, malgré les épreuves, continue de transmettre son histoire pour bâtir un avenir fondé sur la vérité et la solidarité.
ILANA ILILA IBRAHIM